Découvrez la mission Cassini-Huygens
Je prends aujourd’hui le micro pour vous parler d’une des plus grandes aventures spatiales de ces dernières années : La mission Cassini-Huygens. Késako ? Il s’agit en gros d’aller coller un engin spatial bourré de détecteurs et de caméras du coté de la planète Saturne pour y jouer les touristes.
Plus sérieusement, « À quoi ça sert de faire une telle chose ? » :
Saturne est une planète gazeuse géante qui possède un vaste et complexe système de satellites. Ce véritable écosystème spatial n’a pas changé depuis des milliards d’années et peut nous en apprendre beaucoup sur la formation de notre système solaire et donc comprendre un peu mieux ce que fût la terre bien avant l’apparition de l’Ordinateur (loué soit il).
Dit maman, comment on va sur Saturne ?
Et c’est la que les choses sérieuses commencent car Saturne c’est à 1 milliard 1/2 de kilomètre du soleil soit environ 10 fois la distance entre le soleil et nous (150 millions). Pas question de satelliser les tonnes de fuel qui seraient nécessaires à un tel voyage alors il faut trouver une autre méthode. Et cette méthode on la connaît depuis longtemps, on emprunte l’énergie de rotation des planètes (comme la terre) pour la donner au vaisseau : on utilise la gravitation comme une fronde pour propulser la sonde. Les 5 tonnes 1/2 de cette dernière sont d’abord éjectées par la terre en octobre 1997 direction Vénus (Oui quand on emprunte l’énergie de rotation d’une planète on la ralentit et donc la rapproche du soleil, donc on choisira de préférence une autre planète que la terre….merci). Cassini se fait donc propulser une première fois en Avril 1998 puis un deuxième tour en Juin 1999, repasse par la terre en Août 99 (notez que cette fois ci le voyage a duré seulement 2 mois alors que l’aller a duré 6 mois) puis direction Jupiter. Sans assistance gravitationnelle, il aurait fallu 68 040 Kg de carburant pour arriver au même résultat.
Jupiter est une escale de choix car y’a pas mal de choses à prendre en photo, on peut tester si le matériel de la sonde à correctement supporté les 4 premières années de voyage. Puis Jupiter c’est « seulement » à mi-chemin et 318 fois le poids de la terre : un véritable booster gravitationnel. La sonde Cassini y arrive en décembre 2000 et se fait catapulter vers saturne…arrivée prévue en juin 2004. Tourisme oblige, on prendra invariablement en photo le satellite Io avec ses fameux volcans de souffre liquide : http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=659
C’est donc après avoir parcouru 3 milliards 1/2 de kilomètres en 7 ans de voyage que les choses intéressantes commencent. Et cela commence de façon très spectaculaire avec le survol en rase motte (32000Km) de Phoebe, le plus lointain satellite connu de Saturne : un gros caillou d’à peine 110 Km de diamètre qui orbite à près de 13 millions de kilomètres. Je vous laisse juge du paysage : http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=899
Il est difficile d’imaginer ce que serait d’essayer de marcher sur un tel caillou, le sol serait « en pente » en permanence et si vous sautez, avec la faible gravité, vous avez toute les chances de « rater l’horizon » et de vous retrouver vous même en orbite à moins qu’une collision avec une montagne ne vous arrête. Ceci dit, à cette distance du soleil, la température du dit caillou « monte » jusqu’à -150°C le jour et descend vers -200°C la nuit…avis aux amateurs.
Maintenant se pose un nouveau problème, pour pouvoir rester dans les environs de saturne, il va falloir freiner car à la vitesse à laquelle la sonde arrive elle ricocherait à nouveau pour aller se perdre dans l’espace. Pour cela, une fusée montée sur la sonde est mise à feu pendant 95 minutes pour décélérer aux alentours de 2km/s (7200 Km/h). Cela n’est cependant pas très simple car à plus d’un milliard 1/2 de kilomètres de la terre, un signal radioélectrique met plus d’1h1/2 à la vitesse de la lumière pour parvenir à Cassini et de nouveau 1h1/2 pour nous revenir. Imaginez piloter un avion télécommandé avec de tels temps de réponse…
Et maintenant les découvertes : Les fameux anneaux de la belle Saturne sont composés en majorité de … neige d’eau. Celle ci s’est mise à tourner autour de la planète en anneaux concentriques du fait des interactions gravitationnelles entre Saturne et ses satellites pendant des millions d’années : http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=883 http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=839
Les satellites sont également un des sujets les plus importants de la mission car Saturne en possède plus que toute autre planète du système solaire : 18. L’un d’entre eux (Titan) retient particulièrement l’attention des scientifiques car il est plus gros que Mercure et, fait unique, il possède une atmosphère qui a alors empêché quiconque d’en apercevoir la surface (oula que c’est agaçant ça pour un planétologue). Cassini possède un petit robot appelé Huygens dont l’objectif est d’atterrir sur Titan et d’en analyser le plus de choses possibles car on pense que Titan ressemble à ce que devait être la terre aux premiers moments du système solaire. La sonde Huygens a correctement rempli sa mission en envoyant cette semaine des photos de la surface qui possède « peut être » des rivières et des océans…de méthane liquide.
Allez pour vos beaux yeux une petite sélection de liens touristiques des environs :
La descente vers Titan : http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=1303
Mimas, Saturne et les anneaux : http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=1088
Star Wars: http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=1041
Étrange Japet : http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=1270 avec la chaîne de montagnes de 13km de haut qui suit presque parfaitement l’équateur !
Saturne: http://saturn.jpl.nasa.gov/multimedia/images/image-details.cfm?imageID=516
Cette aventure est essentiellement mise en oeuvre par la Nasa avec l’aide de l’agence spatiale européenne (ESA) qui s’est occupée du module Huygens. Le voyage se poursuivra jusqu’en 2008. Certains scientifiques ont travaillé sur ce projet pendant 20 ans..